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La Fratrie est une ressource Michel DIAZ

La Fratrie est une ressource Michel DIAZ

À propos de cette ressource

Nos frères et nos sœurs nous accompagnent tout au long denotre vie, pour le meilleur plutôt que pour le pire.

 

Sylvie Angel - Psychiatre Psychothérapeute -(La fratrie, desliens indestructibles)

On s’intéresse peu à la fratrie, pourtant ce sous systèmereprésente une ressource inestimable pour le système familial. Quand unefamille se disloque, qu’un couple se sépare, quand l’un de ses membres va auplus mal, la fratrie est présente, elle peut être solidaire et soignante.

Mais aussi chacun sa fonction, son influence, sa position,sa stratégie et sa diplomatie. Ainsi nous pourrions dire que l’aîné d’unefratrie à toujours une place particulière, c’est celui par qui, un homme, unefemme, un couple, est devenu « parent ». C’est le premier enfant unique. Il aune fonction de responsabilité, il peut être dans la protection, c’est unconciliateur, il transmet les valeurs de la famille. C’est lui qui ouvre lechemin aux autres frères et sœurs, mais cela n’a pas été facile. Il est aussicelui qui a de l’ascendance, du pouvoir, de l’influence, il est plus proche dupouvoir des parents.

L’enfant du « milieu » le moyen, profite de la voie ouvertepar l’aîné, il s’engouffre alors dans la brèche, il peut se permettre deremettre en cause les certitudes des parents. Il a plus de choix dans sesrelations, ses études. Mais il faut qu’il trouve sa place, il est « entre deux». Il ne sera jamais l’enfant unique, il envie la place de l’aîné, il peut êtredétrôné par le cadet, alors il ne sera pas non plus « le petit dernier ». Ilpeut paraître parfois comme l’enfant qui souffre le plus lors d’une séparationde ses parents, il recherche alors une place affective et relationnelle. Maisil peut aussi plus librement se détacher et être lui-même, ne supportant pasalors le même poids que les autres enfants. Le cadet, c’est le petit dernier, «le dernier né ». Il est protégé, entraîné et porté par les autres. Il pourrafaire ce qu’il veut, on ne lui en voudra pas. Ainsi le cadet est souvent unrebelle, mais plus créatif que son proche aîné. Mais face aux parentsvieillissants on pourra lui demander constamment une présence et d’avoir unrôle de réparateur.

La fratrie représente ainsi une première socialisation, làou avec des pairs on va tenter de s’identifier, se personnaliser, s’individuer.C’est le lieu et le temps des premières oppositions ou rapprochements. Le tempsdes choix avant le grand saut à l’extérieur du système familial.

Alexandra Tsoukatou, docteur en psychologie, explique queles frères, les sœurs et les relations fraternelles ont longtemps été « Lesinconnus du roman familial ».

 

Le lien fraternel constitue l’un des trois grands liens(lien conjugal, lien parental) qui structurent la famille. Il joue un rôleconsidérable dans la vie intrapsychique, affective et sociale du sujet. Lahaine, la compétition, la passion, la jalousie et l’amour se mettent en jeudans la relation fraternelle.

Concernant la place de chacun, Alexandra Tsoukatou, ditégalement, « Que le premier enfant se vit comme l’enfant de l’amour, ledeuxième celui de la désillusion et le troisième risque d’être celui de laséparation. »

 

1Educateur-Spécialisé – Thérapeute Familial – Membre de EFTA (AssociationEuropéenne des Thérapeutes Familiaux)

Consultation Familiale Systémique Espoir à PARIS.mdiaz@espoir-aemo.com

 

VIGNETTE CLINIQUE N° 1 :

Dans cette situation, il y a un couple parental et unefratrie de trois enfants.

Bien que nous n’ayons pas pu rencontrer autant de fois quenous le souhaitions la famille, (la mobilisation a été difficile) nous avons eunéanmoins un regard et une réflexion sur le fonctionnement de la famille, cequi peut être suffisant. En effet, les échanges ont été riches et leschangements également.

A la fin de notre intervention nous recevons la famille aucomplet pour leur remettre nos conclusions. C’est un rituel, nous changeons deplace. La famille le remarque et l’accepte. Nous leur expliquons pourquoi.Pendant tous les entretiens nous les avons écoutés. Aujourd’hui c’est leurtour. Il faut qu’ils nous écoutent et qu’ils prennent notre place. Aujourd’huise sont eux les thérapeutes.

Nous nous adressons à la famille au complet pour leur direque leur situation était complexe depuis plusieurs années. La famille estconnue des services sociaux et beaucoup d’intervenants ont été présents cesdernières années. Nous avons alors appris que Edouard avait été admis dans unfoyer, à sa demande. Madame n’était pas trop d’accord et un peu triste de cettedécision. Monsieur lui disait que cela était une bonne chose. Edouard effectueses études dans un CFA, il voit ses parents régulièrement. Pour lui il y a unmeilleur dialogue à la maison et il parle beaucoup plus avec son père, depuissa séparation. Nous avons demandé à Florian ce qui avait changé depuis ledépart de son frère, (Florian est le deuxième enfant de la fratrie) FLorianavait l’impression qu’il avait pris la suite et que maintenant on s’en prenaità lui. Lors d’un entretien, son père a dit de lui qu’il était « comédien »,nous nous pensons qu’au fond de lui Florian est triste.Madame dira qu’il esttrès sensible. Au fond, la tristesse de Florian n’est-elle pas un appel versson père ? Florian voudrait que ses parents réagissent quand il menace de faireune bêtise, ses parents ne le font pas, il faut qu’ils réagissent à cela par ledialogue. Nous sommes persuadés qu’ils n’en pensent pas moins et qu’ils neveulent pas que leur fils se fasse du mal. Les parents approuvent.

Pour revenir à Edouard, il a expliqué qu’au départ se sontses parents qui avaient demandé son placement et il a accepté « Pour que mesparents aillent mieux ». Il dit également qu’à son retour ils ont plus dechoses à se dire, il n’y a plus de disputes, d’inquiétudes, Edouard a plusd’échanges avec son père.

C’EST UN CHANGEMENT, ALORS TOUTE LA FAMILLE CHANGE.

Florian dit qu’il y a moins de bagarres. Clément estime quele climat est meilleur à la maison, les parents sont d’accord. Il y a plus dedialogues. (Clément est le dernier enfant de la fratrie, le petit dernier) Dansles entretiens il ne dit pas grand-chose, il écoute, il observe, il est dans leconsensus.

Edouard a eu au cours des entretiens un rôle de grand frèreprotecteur, Il distribue aussi la parole à ses frères. Clément ayant la placedu petit dernier, nous comprenons alors combien il est difficile pour Florian(celui du milieu) de prendre une place à part entière. Il est très demandeurd’une relation prévilégié avec son père. Nous avons dit aux parents qu’ilsavaient traversé des épreuves, que nous savons qu’ils ont eu chacun un passétrès douloureux. Ils doivent aussi prendre soins d’eux, cela rassurera lesenfants. Les difficultés ne sont pas superposables. Pendant ces rencontreschacun a écouté, a pu s’exprimer et a mieux compris les attentes des autres.C’est un grand pas qui a été fait par toute la famille, il en restera d’autresà accomplir.

Nous nous demandions si Florian n’avait pas permis à chacundes frères d’exister par eux mêmes. Tous comme Edouard, il y a comme une sortede « sacrifice » pour que l’autre s’en sorte mieux, souffre moins. Celapeut-être à son dépend. Mais cela peut-être aussi de la solidarité fraternelle.

Durant ces entretiens la fratrie était heureuse d’êtreensemble, en présence de leurs parents.

Chacun a eu un rôle, a été écouté et mieux compris. Nousavons constaté du respect entre eux, une solidarité et une compréhension de lafratrie face aux difficultés parentales.

 

Edith TILMANS-OSTYN et Muriel MEYNCKENS-FOUREZ explique dans« Les ressources de la fratrie » :

…les relations au sein du groupe fraternel remplissent auminimum trois fonctions, une fonction d’attachement, de sécurisation, deressources ; une fonction de suppléance parentale ; une fonctiond’apprentissage des rôles sociaux et cognitifs.

VIGNETTE CLINIQUE N° 2

Dans cette situation les parents sont séparés depuisplusieurs années. Ils ont trois filles, Margot 18 ans, Pauline 14 ans et Fanny8 ans. Depuis deux ans Monsieur ne voit que très peu ses filles. Il s’adresseau juge aux affaires familiales, qui lui-même, devant la complexité de lasituation, transmet l’affaire au Juge des Enfants.

Actuellement, Monsieur vit en province, il a une compagne.Quand Monsieur a annoncé à ses filles qu’il s’installait en Province, sesfilles ne l’ont pas « compris » et « l’ont très mal pris. »

Concernant les enfants Madame nous explique, qu’ils vonttous bien et qu’ils sont très solidaires entre eux. Font-ils bloc contre lepère pour faire valoir leur parole respective ?

Nous recevons à notre service les trois sœurs. En effet,l’aînée n’est pas concernée par la mesure, mais sa place est importante au seinde la fratrie. Elle est satisfaite que nous la recevions, elle explique quedans les autres instances cela lui a été refusé.

Ce sont trois sœurs, qui présentent bien, elles sontsouriantes, à l’aise, il existe une grande complicité entre elles etsemble-t-il, beaucoup d’attention les unes pour les autres et de solidarité.

Elles expliquent que quelques temps après la séparation deleur parents, leur père leur a annoncé qu’il partait vivre en province. Pourelles cela a été très dur qu’il s éloigne ainsi. Par la suite elles ont apprisqu’il avait une compagne. Elles ne souhaitent plus se rendre en province etpréfèrent que leur père vienne vers elles. Nous leur expliquons que leur père ades droits, elles nous répondent qu’il a aussi des devoirs. Nous expliquons quenous allons prévoir une rencontre avec leur père, elles ne sont pas contre.

Nous rencontrons Monsieur et ses filles.

Nous sentons énormément de ressentiments de la part desfilles à l’égard de leur père. Il lui est reproché d’être parti en province,sans explications, du jour au lendemain. Monsieur répond que c’est sa vie.Elles vivent cela comme une trahison. Il y a eu le départ, puis la compagne.Elles ont demandé à leur père de cesser les procédures. Monsieur a répondu quedans ce cas il ne verrait plus ses filles, les filles disent qu’au contrairecela permettra un apaisement de la situation et peut-être un rapprochementfilles/père.

Lors des entretiens et parfois devant les enfants, Madamen’a jamais dévalorisé l’image de leur père, au contraire. Les enfants ne disentpas, ne plus vouloir revoir leur père, il y a comme une sorte d’aménagementdéfensif, non pas pour se protéger d’un danger, mais plutôt pour trouverensemble un consensus. Le conflit filles/père, apparaît comme chargé de colère,de tristesse et d’émotion. Mais on ne grandit pas en laissant de côté une partde son histoire, même douloureuse.

 

Nous constatons des liens très forts qui unissent mère etfilles et un rôle protecteur de la sœur aînée, envers ses sœurs. Mais dans unefratrie chacun son rôle, son jeu, sa stratégie et sa place. Chacun estdifférent et ne ressent pas la même chose. Néanmoins il a été important dedonner une place à la sœur aînée, elle n’était pas concernée par la mesureéducative, mais nous pensions qu’elle pouvait être une personne ressource dansla famille. Elle est aussi détentrice d’une partie de l’histoire de la famille,c’est elle qui a vécu le plus longtemps au contact de sa mère et de son pèrequand ils étaient ensemble. Elle a un rôle de tiers.

Il faut alors inventer un autre dialogue, des avancées dansla communication, la sensibilité de chacun doit être une force et non unefaiblesse. Monsieur devra faire exister des moments prévilégiés avec sesfilles, être sensible, à l’écoute de leurs besoins. Il faut rester en contact,par courrier par exemple et par téléphone. Ce qui compte c’est la patience, ladouceur, l’écoute, c’est ce qui fera la qualité des rencontres et desretrouvailles.

Nous nous posions la question de savoir si Madame neprofitait pas du « bloc fratrie » pour garder auprès d’elle ses filles contreMonsieur ? Cette situation était complexe, elle avait un passé. Nous partionsaussi du principe que parfois l’enfant a son propre jugement et quel’aliénation parentale ne doit pas être mise systématiquement en avant dans cessituations, bien que nous soyons conscient qu’elle existe.

L’aînée des filles n’était pas concernée par la prise encharge, comme nous l’évoquions ci-dessus, nous l’avons donc sollicitée lors desentretiens elle en a été surprise. Pour nous elle pouvait être une personneressource au sein de sa famille. Elle a appréciée cette démarche. Nous avonsconstaté son rôle protecteur auprès de ses sœurs, non pas pour prendre la placede sa mère, mais plutôt dans un lien fraternel. Les deux plus jeunes étaientadmiratives devant elle, non seulement de cette bienveillance mais également desa réussite dans les études. Cette sœur aînée était un modèle pour elles. Lasœur du milieu était aussi dans l’écoute et le soin vis-à-vis de la dernière.Ainsi à chaque palier de la fratrie une cohésion (et pas une collusion) étaiten place et permettait un lien fort et inaltérable. C’est certainement ce quipermettait à cette fratrie de faire face aux difficultés et d’éviter unmorcellement de la famille.

 

Sylvie ANGEL, psychiatre et psychothérapeute, explique queconcernant les familles suivi dans son institution, la participation de lafratrie aux séances parait fondamentale pour les raisons suivantes :

Tous les membres de la famille sont concernés par lasouffrance du patient « désigné » (c’est-à-dire à l’origine de la demande deconsultation) ;

Fréquemment, d’autres enfants de la famille présentent tourà tour des difficultés, principalement lorsque le « patient désigné »va mieux.Le travail psychologique effectué durant ces entretiens avec les frères etsœurs, permet d’anticiper les décompensations des uns et des autres ;

Chaque membre a sa perception de l’histoire familiale. Laprésence de la fratrie clarifie les rôles et remet les générations à leurplace.

 

VIGNETTE CLINIQUE N° 3

 

Le signalement fait suite à une altercation entre Karine 10ans, son frère Pierre 10 ans et leur mère. Les enfants accusent leur mère deviolences. Des anciennes difficultés entre mère et grand-mère apparaissent lorsde notre intervention.

Dans cette situation trois générations se côtoient. Lesenfants sont donc confiés à leur grand-mère.

Nous avons bien compris le difficile parcours de Madamedepuis sa prime enfance, le décès de son père, une adolescence douloureuse, sonplacement, mais aussi sa ténacité face à sa famille pour aller jusqu’au bout desa grossesse et élever ses deux enfants, malgré l’absence du père.

Quand les enfants étaient plus jeunes, Madame a eu despériodes très difficiles, elle a dû compter sur sa mère à plusieurs reprises eten même temps il a eu la crainte d’un accaparement des enfants par sa propremère.

Lors des entretiens nous avons pu la conforter dans son rôlede mère et il semble que chacun ait repris sa place. Les difficultés d’autoritéet enjeux relationnels que Madame a pu avoir avec sa fille, ne sont-elles pas àmettre en parallèle avec les difficultés qu’elle-même avait avec sa propre mère? Madame ne veut pas d’une dynamique de la répétition et reste attentive àl’évolution de ses enfants.

La grand-mère fait savoir que sa fille a besoin de soins,qu’elle est malade. Quand Madame va mal elle se met à boire et devient trèsnerveuse et parfois violente. Dans cette situation, le rôle de l’alcool n’étaitt-il pas de faire barrage dans la relation incestueuse grand mère/fille ? Lagrand-mère veut que sa fille se soigne. Karine prend la parole pour dire que samère s’adonne à la boisson depuis longtemps. Concernant la violence cela setraduit par des coups et cela pour un rien. Cette situation a empiré depuis quela grand-mère est partie de l’immeuble où elle vivait dans un appartement àcôté de sa fille et des enfants. Les enfants disent qu’ils ont peur de leurmère. Nous évoquons le problème de leur accueil chez leur grand-mère.

 

Nous rencontrons à nouveau la grand-mère et les enfants.Nous recevons d’abord les enfants, leur grand-mère reste pour l’instant ensalle d’attente. Ils ont des contacts avec leur mère qui, d’après eux, vamieux. Les contacts ont lieu au téléphone, parfois dans la rue, chez leurgrand-mère, mais seulement quelques minutes. Maintenant ils sont d’accord pourrevoir leur mère, mais pas de vivre avec elle. Elle va mieux, se soigne. Lesenfants disent qu’avant « Elle fumait, elle buvait ».

La grand-mère explique que sa fille va mieux, elle sesoigne.

En effet, Madame va mieux. Elle accepte de nous rencontrerau service avec sa mère.

Grâce à une association, elle a trouvé du travail. Elle esten CDI en tant que secrétaire administrative. Depuis un mois, elle revoit sesenfants un peu plus régulièrement. Elle se soigne, elle voit un psychologue.Suite aux derniers évènements elle a été déprimée, elle pleurait, s’enfermaitchez elle. Aujourd’hui qu’elle va mieux elle a repris contact avec ses enfants.Elle est reconnaissante envers sa mère d’avoir pris le relais dans l’éducationdes enfants. (Nous pensons avoir eu un rôle tiers dans cette problématique, enacceptant l’accueil des enfants chez leur grand-mère, en évitant ainsi unerupture brutale par un placement).

La grand-mère elle, fait savoir qu’elle est satisfaite de lasituation. Sa fille va mieux, elle se soigne, c’est cela le plus important.

Madame a longtemps cru que sa propre mère voulaits’accaparer ses enfants, mais au fil du temps elle a compris que sa mèrevoulait simplement l’aider. Peut-être aussi que Madame avait peur d’être miseou de rester à une place d’enfant, sa mère ayant crée une dépendance affectivequi ensuite s’est déplacé sur l’alcool. Il y a des enjeux relationnels entreelle et ses enfants, ne sont-ils pas à mettre en parallèle avec les difficultésqu’elle-même avait pu avoir avec son propre père et sa propre mère. Ainsi mèreet enfants ont pu se retrouver en « miroir ». Elle a été seule face àl’éducation de ses enfants. La personne « faisant tiers » étant parfois sapropre mère.

Madame reconnaît devant ses enfants son mal-être, « J’ai étélongtemps déprimée » dira t-elle. « Je buvais, je suis devenue violente, je leregrette. »

Depuis plusieurs mois, Madame fait une thérapie. Pour elle,c’est comme si elle démarrait une nouvelle vie. Les traitements l’ont aidée.Mais elle ne souhaite pas brûler les étapes. Elle travaille maintenant. Elleestime que les enfants vont bien et que pour l’instant ils doivent rester chezleur grand-mère.

Elle reconnaît que le chemin sera long pour regagner laconfiance des enfants, mais elle l’accepte.

Les enfants reconnaissent que leur mère va mieux, ils ensont satisfaits.

Le maintien des enfants chez leur grand-mère est nécessairepour l’instant. Il permet aux enfants d’avoir un cadre plus contenant etsécurisant. D’envisager d’autres solutions, leur maintien chez leur grand-mèreou un accueil en internat scolaire. Pour Madame, sa thérapie doit sepoursuivre, il y a des blessures secrètes, il faut quelqu’un à qui en parler.

Dans la fratrie, il y a une grande complicité, d’autant plusque Karine et Pierre sont des « faux jumeaux ». Jumeaux dizygotes. Face auxdifficultés ils ont toujours été solidaires et plus forts. Ils ont su seprotéger. La dualité qui existe aussi, leur permettra de se séparer et dedevenir plus tard des individus à part entière. Autour d’eux la famille esttrès présente, du côté des oncles et des tantes, ainsi il n’y a pas eud’éloignement comme un placement, des solutions familiales ont été mise en placepour soulager la grand-mère. La capacité de Karine et Pierre pour faire face àl’adversité était peut être ce lien indéfectible noué dans le ventre maternel.Ils étaient frère et sœur et un peu plus.

 

Vanessa SCAILTEUR, pédopsychiatre, nous explique que :

« Bon nombre d’auteurs qui se sont penchés sur la questiondu devenir d’une fratrie après séparation ou divorce des parents, constatent unrenforcement des liens fraternels en réponse à cette crise familiale. »

J’ai également rencontré nombre de situation ou la rivalitédans une fratrie était parfois à son comble. Sabrina, une adolescente, nousexpliquait qu’elle ne s’entendait absolument pas avec sa petite sœur. « J’étaisla princesse avant sa naissance », nous dira t-elle. Sabrina a eu une placed’enfant unique pendant six ans. Sa sœur a pu être vécue comme une intruse. Onpeut nommer cela « le complexe d’intrusion. » évoqué par Lacan. Sabrinadécouvre que sa petite sœur est sa semblable et la hait comme rivale.

Ainsi la fratrie n’est pas parfaite et on ne peut ignorerl’histoire de Cain et Abel. Cain est le premier enfant d’Adam et Eve. Pour samère il est comme le fils de Dieu. Est-ce qu’à sa naissance Abel vient luiravir sa place ? En tout cas Abel est le préféré de Dieu et cela devientinsupportable pour lui, il tue donc son frère. Un troisième frère naîtra, Seth,pour remplacer Abel. Il était donc bien l’enfant du milieu.

Mais les parents ne nourrissent t-ils pas cette rivalité ?

Brigitte Dollé-Monglond, explique qu’il y a aussi lareprésentation que chacun, de sa place de frère ou sœur, a du regard parentalsur lui…entretenu par les attitudes parentales : Dans leur programmation surl’enfant, dans leurs souhaits et résultats en quelque sorte obtenus, lesparents comparent…et alimentent dans le réel cette rivalité fraternelle.

Elle poursuit : Il peut aussi y avoir comme le décrit Lacan,une fantasmatique fratricide. Les enfants entre eux, déploient une violence quiinquiète les parents, ils ne cessent de vouloir s’entre-tuer. Lacan a notammentintroduit pour désigner le mouvement pulsionnel de l’enfant confronté àl’arrivée de l’intrus, « Cet autre lui-même. »

Enfin, Brigitte Dollé Monglond, termine, en nous disant queles frères et sœurs peuvent et doivent se différencier suffisamment pour neplus se trouver trop rivaux ou trop semblables ; Ils constituent alors desfratries harmonieuses que nous ne voyons pas en consultation.

 

Les noms et prénoms qui pourraient permettre d’identifierles familles ont été modifiés.

 

BIBLIOGRAPHIE

Vanessa SCAILTEUR, Elia BATCHY et Philippe KINOO.

Pédopsychiatres Bruxelles. Revue Thérapie Familiale.Vol.30-2009.Ed Médecine et hygiène. GENEVE.SUISSE. « La fratrie en expertisecivile ».

Sylvie ANGEL. Psychiatre, Psychothérapeute. Directrice ducentre Pluralis à PARIS.

Cahiers critiques de thérapie familiale et de pratiques deréseaux. N 32- 2004

LA FRATRIE, DES LIENS INDESTRUCTIBLES

Sylvie Angel - CAIRN.INFO

INTRODUCTION AUX THERAPIES FAMILIALE

Brigitte Dollé-Monglond – ESF Editeur PARIS.

LES RESSOUCES DE LA FRATRIE

Edith Tilmans-Ostyb et Muriel Meynkens-Fourez – Ed ERES 2007PARIS.

LIEN FRATERNEL, DE LA PSYCHALYSE AUX MYTHES ET AUX SYSTEMES

Alexandra Tsoukatou – CAIRN INFO

LES COMPLEXES FAMILIAUX

Jacques Lacan – NAVARIN - 1970